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01.10.2006

Je me souviens du bonheur...

Je déménage. Ce week-end, avant la rentrée à la fac, je vais habiter dans mon nouveau studio. Je n’aurais pas immédiatement de connexion Internet. Il me faudra attendre entre deux et trois semaines. Ce blog va donc s’arrêter. Les trois parties sont terminées. Voilà. Je suis à la fois content, soulagé, satisfait, mais aussi un peu triste de quitter tout cela. De m’en aller, car je perds une partie de moi. Oui, on s’habitue vite à ce monde virtuel. Et puis, ça peut paraître ridicule, mais ce blog était important pour mon équilibre.

Je suis donc un peu triste.

            Je tenais à vous remercier pour tous vos commentaires, vos mots d’encouragement et vos réactions qui m’ont à chaque fois fait très plaisir, et souvent énormément touchés. Merci à ceux qui me lisent et qui laissent des commentaires de temps à autres, mais aussi toutes celles et tous ceux qui lisent sans oser commenter. Pas l’envie, pas le temps, ne voient pas l’utilité. C’est votre droit. Vous avez peut-être raison. J’en sais rien. Et c’est pas la question. En tous cas, merci à toutes et à tous. Mille fois merci. Merci, merci, merci…

Mais je reviendrai. Dès que j’aurais réussi à récupérer Internet dans mon studio, je reviendrai sur un autre blog. Ce blog s’appelle Aujourd’hui je pleure, comme la chanson d’Indochine (Oui, je sais, mais quand on est fan, que voulez-vous…), et vous pourrez le trouver à cette adresse : http://textescourts.mabulle.com.

Cette absence va m’être longue, mais je pourrai en profiter pour travailler un peu mes cours (quand même), régler certains trucs, et aussi écrire, encore et encore. Je passerai sur vos blogs pour vous dire que je suis là, et je posterai sur mon nouveau, dès que j’aurais retrouvé toutes mes capacités techniques. 

acrtepostaleseule

Puisque l'ombre gagne

Puisqu'il n'est pas de montagne

Au-delà des vents, plus haute que les marches de l'oubli

Puisqu'il faut apprendre

A défaut de le comprendre

A rêver nos désirs et vivre des ainsi soit-il

Et puisque tu penses

Comme une intime évidence

Que parfois même tout donner n'est pas forcément suffire

Puisque c'est ailleurs

Qu'ira mieux battre ton coeur

Et puisque nous t'aimons trop pour te retenir

Puisque tu pars

 

Que les vents te mènent où d'autres âmes plus belles

Sauront t'aimer mieux que nous puisque l'on ne peut t'aimer plus

Que la vie t'apprenne

Mais que tu restes le même

Si tu te trahissais, nous t'aurions tout à fait perdu

Garde cette chance

Que nous t'envions en silence

Cette force de penser que le plus beau reste à venir

Et loin de nos villes

Comme octobre l'est d'avril

Sache qu'ici reste de toi comme une empreinte

Indélébile

 

Sans drame, sans larmes

Pauvres et dérisoires armes

Parce qu'il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur

Puisque ta maison

Aujourd'hui, c'est l'horizon

Dans ton exil, essaie d'apprendre à revenir

Mais pas trop tard

 

Dans ton histoire

Garde en memoire

Notre au revoir

Puisque tu pars

 

J'aurais pu fermer, oublier toutes ces portes

Tout quitter sur un simple geste, mais tu ne l'as pas fait

J'aurais pu donner tant d'amour et tant de force

Mais tout ce que je pouvais, ça n'était pas encore assez

Pas assez, pas assez, pas assez...

 

Puisque tu pars, Jean-Jacques Goldman, Entre gris clair et gris foncé, 1987

Voilà. C’est la vie qui avance. C’est comme si je regardais un appartement vide, une maison vide, dans laquelle j’aurais vécu des années heureuses. Et puis les meubles ne sont plus là. Il n’y a plus rien. Seulement ce morceau de papier arraché dont on ne se souvenait plus parce qu’il y avait un meuble devant, et ce tableau qui a laissé une trace sur le mur, et nos voix qui résonnent, et ces rires qui ne sont faits que pour ne pas pleurer. Tristesse et mélancolie. Se remémorer ces moments que l’on a passés ici. Des moments de vie, des moments d’amour.

Moi, même si je n’ai pas connu que du bonheur, ici, loin de là, même si partir est un réel soulagement, et même presque une nécessité pour ma survie, je suis triste, parce que cette maison a porté ma jeunesse depuis le début, a porté ma genèse, mon évolution. Elle m’a vu grandir alors qu’on hésitait à me laisser les couches la nuit, de peur que je ne trempe mes draps. Les premiers instants à l’école. Je me souviens. Et puis apprendre à lire, et commencer à déchiffrer les panneaux sur les routes, à l’arrière de la voiture de Papa et Maman, et puis la vie. L’école primaire. Les copains et les bêtises. Et le collège, les premières filles, les premiers désirs, les premiers baisers, le lycée et les premières expériences sexuelles. Le divorce de mes parents. La découverte de la musique et Indo, la tristesse, le pessimisme, et la découverte de moi-même, ce qui a changé ma vie. Je revois cette maison, cette chambre, mon lit que je quitte. C’était bien, quand même, avant. Et puis la vie aussi. Ces dernières années qui n’ont pas été les plus faciles. Ces nuits de solitudes et de pleurs à se dire que l’avenir n’existe pas, à se demander si on allait avoir le courage d’en terminer dans les jours qui viennent, et même jusqu’à planifier ce dernier moment, le moment de la mort, et puis, par faiblesse, avoir de l’espoir, des larmes dans l’âme. Et puis souffrir, souffrir, souffrir, et repenser à cette vie qui était belle, et qui s’est échappée dans les mains d’un autre. Alors voilà. Je m’en vais. J’ai senti qu’il était venu que je quitte la maison familiale, et que j’habite seul, dans un appartement, dans ma ville, à Reims, ou ma misanthropie puisse enfin se développer tranquillement. Oui, je sais, à vingt ans, il serait temps !

C’est comme juste avant la mort. On revoit ces choses et ces moments heureux. Même si j’ai souffert, ici. Même si je n’ai jamais été plus malheureux qu’ici, j’ai aussi ces souvenirs que je dois parfois aller chercher loin dans l’enfance, avec des gens dont j’avais presque oublié l’existence. Comme à l’aube de la mort. Les premiers souvenirs. L’enfance. L’insouciance.

Je me souviens du bonheur…

 

Mon appartement m’attend. Je n’ai plus qu’à y aller. Voilà. Je vais poster ce message, triste, clôturant ce blog. Et puis je m’en irai. Rouler, et regarder les traits blancs défiler sur la route. « Il y a que les routes qui sont belles… ». Voilà. Changer de vie. Partir. Et vous retrouver. A un autre endroit. Un autre chez moi. Je vois déjà les traits blancs qui défilent, la musique couvrant le bruit du moteur. Les phares trouant la nuit…

Allez, mettons les voiles… 

pc13

Encore une fois, merci. Infiniment.

A bientôt, j’espère.

JE VOUS AIME ! JE VOUS AIME ! JE VOUS AIME !

01:31 Écrit par Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ? Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note |  Facebook |

25.09.2006

Liberté de la prison

            J’avais écrit ce texte alors que je m’emmerdais, pendant un partiel. C’était un partiel de rattrapage dont j’avais plus ou moins rien à foutre. Je me demande ce que la prof a pensé quand elle a lu ma copie. En fait je m’en fiche. J’ai juste eu un peu peur d’avoir quelques problèmes. De me faire gentiment engueuler parce que les profs auraient autre chose à foutre que de perdre leur temps à lire des âneries pareilles. C’est vrai. Je m’en excuse auprès du correcteur. Mais c’était plus fort que moi.

            Regarder les tables autour. Y a ceux qui grattent. Ou qui grattouillent - qui font semblant de gratter, comme je fais souvent. T’écris sur du brouillon, les vagues trucs dont tu te souviens, tu développes à fond pour avoir plus de trente lignes. Et puis tu recopies le tout dans un plan plus ou moins bien ficelé, que tu rends au deux tiers du temps. Et puis tu sors et tu vas boire un coup, ou un café, avec des amis. S’il est moins de quinze heures, moi, je prends un petit déjeuner, avec des croissants et du café.

            J’avais écrit ça, donc.

 

            « Que faire ?

            Que faire ? Lénine.

            Vladimir Illich Oulianov.

            Que faire quand tu connais rien ?

            Rien.

            Attendre. Dormir. Regarder autour de soi-même. Cercle. Profs qui marchent, qui murmurent. Ecouter le silence si bruyant. L'écouter et se demander ce qu'on fait là. On attend en fait. Oui. On attend. On attend que le temps passe. On n'attend pas une heure, non. Ca, on s'en fiche. On attend l'année suivante. Seconde première année. Vacances. Ne rien faire. Ecrire. Finir un roman. Et puis lire quelques bouquins aussi. Se décider enfin à lâcher Marc Lévy, Guillaume Musso, Didier Van Cauvelaert, Christine Angot, Nicolas Ray, Fredéric Beigbeder, Lolita Pille ou Florian Zeller, lâcher cette littérature contemporaine pour se décider enfin à manger avec délicatesse À la recherche temps perdu de Proust. Se délecter de "Sodome et Gomorrhe", ou avaler, comme un dessert - pour terminer le tout, les sept romans - "Le temps retrouvé", avant de se motiver pour la seconde année. C'est bizarre. On se dit qu'on n'est pas trop con. On n'a pas bossé. Pas habitués, après le lycée. C'est pas une excuse. On n'a pas d'excuse. Aucune. On n'en cherche pas d'ailleurs. Assumer simplement. Assumer de préférer vivre dans le présent plutôt que dans le futur. Préférer avoir le courage de mourir de jeunesse.

            Vivre, c'est avoir la sagesse de tout donner au présent, plutôt que la faiblesse de croire que le futur puisse être beau. Nous n'avons pas cette naiveté.

            Et regarder autour de toi. Non. Les yeux plongés dans le papier.

            Ecrire. Ca n'a rien à voir. C'est en attendant. En attendant la seconde année.

            Ecrire

            Ecrire pour ne pas perdre son temps. Pour montrer malgré nous qu'on n'est pas inculte, complètement stupide, ou qu'on est fou, inconscient. Pour montrer que l'on a fait le mauvais choix, comme beaucoup.

            Ecrire pour soi-même, pour le plaisir. Ecrire pour garder des traces de ces sombres et pessimistes pensées qui passent devant nos yeux. Ecrire pour se grandir sans aucune prétention. Ecrire pour se souvenir qu'on n'est capable de rien. Ecrire en acceptant de n'être rien aux yeux des autres, mais tellement pour soi-même.

            Ecrire pour se souvenir, et regarder ces souvenirs comme des images d'un été, avec le soleil qui brille et qui nous fait pleurer quand on le regarde trop fixement. Ecrire pour aimer les autres. Pour essayer malgré tout d'être quelqu'un de bien. Sans avoir la prétention de grandir nos âmes. Ecrire pour être meilleur humain. »

00:14 Écrit par Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ? dans Les mots | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |  Facebook |

20.09.2006

Société, emprisonnement, conformisme et anti-conformisme.

 

J’entends souvent dire que l’Homme est un poids pour la société, qu’il l’empêche d’avancer, de se développer. Que l’Homme est un frein au progrès, même si c’est lui qui le génère. J’entends souvent dire que l’Homme est rebelle, qu’il veut toujours l’anti-conformisme lorsqu’il est jeune. Qu’il veut toujours se détacher de cette société - mais pourquoi, elle n’est pas si oppressante ?

Je pense exactement le contraire de cela.

Ce n’est pas l’individu qui est un poids pour la collectivité, mais bel et bien la collectivité qui est un poids pour le développement de l’individu.

Ce que l’on veut, c’est la Liberté. Mais, au nom du respect de la société, on a enfermé l’individu dans une prison qu’on appelle la collectivité. Alors, il y a deux sortes d’individus.

Ceux qui se fondent dans la masse, qui, volontairement ou non, sont des purs produits de la société occidentale actuelle, qui est la marque. Et puis le modèle, c’est le milieu dans lequel ils ont été élevés. Cités, beaufs, « normaux », petits bourgeois, fils et fille de PDG ou autres, haute aristocratie politique, jet set,… Alors voilà. L’individu doit suivre un moule. On lui dit « toi, tu feras un BEP et tu vas galérer toute ta vie à gagner le SMIC. Toi, tu finiras profs, et tu vas galérer aussi, de dépression en dépression. Toi, t’as de la chance, t’es né dans le seizième à Paris, oh oui, quelle chance, tu vas vivre sur la fortune de Papa, te droguer un peu entre quinze et vingt-cinq ans, mais rien de grave, juste de la coke et des ecstas, et puis du cul, non, rien de grave. Etre catalogués. Intégrés de force dans cette société. Quand ça rentre pas on tasse un peu. Et voilà. C’est les individus qui regardent la Star ac’ parce qu’ils chantent pas si mal quand même (entre nous, est-ce qu’on appelle ça chanter ? Ce sont des merdes, il faut bien le dire, et puis la qualité de chant n’a rien à voir : que seraient Aubert et Renaud s’ils avaient fait la Star ac’ ? Rien). Les individus… Non. Ils ne sont pas individus. Ils ne sont qu’entité d’une masse. C’est tout. Et dans cette catégorie, il y a deux sous-catégories. Il y a celles et ceux qui sont dans cette spirale depuis des années, qui n’y sont même pas rentrés : on les y a mis. Qui s’habillent en Nike parce que ça fait sportif, en Jean’s Diesel et en T-shirt Von Dutch parce que ça plait soi-disant aux filles, qui mettent des Air Max… (Entre nous, je n’ai pas connu un seul modèle de baskets, chaussures ou quoi que ce soit, qui puait autant des pieds que les Air Max), et puis qui écoutent du R n’ B, et des conneries, qui sont fans du Duo entre Calogero et Passi, Face à la mer, et quand on leur parle du Imagine de Lennon, ou du Another brick in the Wall des Pink Floyd, ils croient que c’est de la musique classique qui remonte à l’avant Monteverdi, version Etats-Unis. Laissez-moi rire. Absence totale de culture. Ou alors beaucoup de culture, mais bon, simplement bosser comme un taré pour les cours et c’est tout, réflexions erronées, goûts politiques de droite (ce que j’appelle « de droite » est tout ce qui fait obstacle aux Libertés individuelles, et qui ne respecte pas la formule « La Liberté de chacun s’arrête là ou commence celle des autres », c'est-à-dire une sacrément grande partie du paysage politique français). Inintérêt total. Rien à foutre. Et puis ceux qui sont entrés volontairement dans ce conformisme, parce qu’ils pensaient que c’était mieux pour eux. Parce qu’ils savaient qu’ils seraient heureux dans cette société.

Il faut bien comprendre que je ne critique pas le conformisme à la société. Je critique le fait d’entrer dans ce conformisme par défaut, sans l’avoir véritablement choisi. Choisir en toute connaissance de cause de vivre dans cette société, dans cette prison, est tout à fait sain, et même, à la limite, louable. Même si personnellement, j’aurais toujours un peu de mal à comprendre cela. J’essaye pourtant.

J’ai mal au ventre, putain… J’ai mal au ventre de voir tout ça. Le soleil me pique les yeux.

Et puis il y a la seconde sorte d’individus. Les anti-conformistes.  (Me considérant moi-même comme un anti-conformiste, tout ce que je vais dire maintenant pourrait vous paraître infiniment prétentieux, ce qui n’est absolument pas le cas, et bien sûr involontaire). Etre anti-conformiste, c’est refuser les barrières qu’on nous impose. L’anti-conformisme ne peut pas s’expliquer sans la notion de Liberté. Liberté de se déplacer sans être toujours emmerdé, Liberté de vivre seul sans à avoir à rendre des comptes à qui que ce soit, Liberté de ne pas être jugé - que ce soit à propos de ses actes ou de ses paroles - par autrui, amis, parents, connaissances, famille, etc. , Liberté de coucher avec qui on veut, Liberté de choisir la morale que l’on veut, Liberté de ne pas avoir de morale, parce que par définition, la morale est quelque chose qui n’existe pas, tant que cela ne nuit pas à autrui, Liberté aussi de penser (ça me fait penser à l’horrible et - malgré tout - ultra conformiste chanson de Florent Pagny, et j’en suis désolé, la ressemblance est purement fortuite) oui, donc, Liberté de penser ce que l’on veut, Liberté de se dire que seule compte la Liberté, Liberté de se détruire à coup de drogue, d’automutilation, si l’on en a envie, Liberté de se laisser crever, Liberté d’être dégoûté par le monde qui nous entoure, Liberté de souffrir, parce que l’anti-conformisme isole, il isole de tout : des collègues de travail, des camarades de classe, de nos parents, des camarades de promo à la fac, de notre entourage. Oui, l’anti-conformisme isole. Et c’est la raison pour laquelle, choisir de ne pas ressembler aux autres, choisir d’être différent est la base de la souffrance pour l’être humain. C’est une des raisons principales pour laquelle au début de l’adolescence, les gosses ne veulent qu’une chose : ressembler aux autres. Alors ils emmerdent leurs parents pour qu’ils leurs achètent les mêmes baskets que machin, ou le même gilet que machine. Et puis certains deviennent des conformistes, et, sans rendre compte, deviennent des adultes en gardant cette mentalité de ressemblance, volontairement ou non ; je recommence pas ce que j’ai dit tout à l’heure. Et puis il y a ceux qui s’en détachent au contraire. Qui n’ont qu’une seule et unique envie : ne pas ressembler aux autres. Etre différent, parce qu’il est évidemment hors de question d’être complice de tout cela, de toute cette merde. Mais c’est aussi une manière de se protéger, de s’innocenter : non, je suis différent, je suis pas responsable de cela, je peux me permettre de critiquer, moi, quitte à passer pour quelqu’un d’hautin, d’égocentrique ou de moralisateur, quitte à être détesté. Il y a une phrase que je vois un peu partout sur des blog soi-disant gothiques (en général tenus par des filles de quinze ans qui croient qu’être gothique, c’est dire que le monde est moche, se maquiller les yeux en noirs, mettre un collier à pics et un bracelet de force, avec des poster de Korn dans la chambre, mais qui ont pour chanson préférée Mistrals Gagnants de Renaud), une phrase qui dit « Je préfère être détesté(e) pour ce que je suis, qu’aimé(e) pour ce que je ne suis pas ». Cette phrase est pourtant profondément vraie. Qu’est-ce que j’aimerai être détesté par tous ces gens pour ce que je suis ! Des fois, on dit « Oh, il est sympa, il est marrant ». Je m’en fous. J’ai pas envie d’être marrant. Ou alors « Il dit pas grand-chose, il est timide ». Non pas timide. Dégoûté, peut-être. Mais bon… Trop d’amour-propre pour être aussi méprisant. L’outrecuidance, c’est l’assurance que les autres nous prennent pour rien. Et si je suis détesté, je veux l’être parce que je suis quelque chose. Il n’y a rien de pire qu’être détesté à cause du vide que l’on a en nous.

Alors, ce n’est pas l’apologie de l’anti-conformisme que je veux faire. Simplement l’apologie du choix. Il faut avoir fait un choix. L’absence de choix, c’est l’inexistence sans même s’en rendre compte. Sans même se rendre compte que l’on est rien qu’un grain de sable. L’anticonformisme c’est pareil. Sauf qu’on a la fierté que notre grain de sable soit d’une autre couleur. Un peu plus blanc ou un peu plus sombre. Un peu plus innocent, peut-être. Un peu plus réfléchi, un peu plus pure. Avec une belle âme. Mais même si je suis fier de cet anti-conformisme, même si je le revendique, il faut savoir que c’est une souffrance quotidienne. Il faut revendiquer cette différence, en être fier, mais quelle souffrance ! En plus de l’incompréhension des autres, il y a l’incompréhension du monde envers nous-même, l’incompréhension de nous-même envers le monde (« pourquoi vendre toujours quand y a tant à donner / T’as beau m’expliquer que ça fait parti d’un système / Il me faut bien des pilules pour l’avaler ») la violence et les claques que l’on prend dans la gueule par les autres, geôlier de cette prison qu’on appelle la vie, qu’on appelle la société. J’ai toujours en tête ce vers de Renaud, dans Son bleu : « Merde aux Hommes, et merde à Dieu »… Fier d’être différent, et pour rien au monde, s’éloigner de cette souffrance, parce que c’est ce qui fait que l’on est nous, que je suis moi. Arrêter de souffrir consisterait à mourir. Ou à être encore plus malheureux. Lorsqu’on est anti-conformiste, jamais on ne pourra se satisfaire de vivre « comme les autres ». Non, c’est un état, en fait, l’anti-conformiste, pas un choix. A la différence du conformisme.

Lisez Le frangin d’Amérique, de Louis Bériot, un roman publié aux éditions Michalon, vous ne le regretterez pas, et un document du même auteur sur la société française, le bazar de la solidarité, publié chez J.C. Lattès.

Il est impossible de se développer, de vivre heureux, lorsqu’on est enfermé dans des règles comme « commencer le travail à huit heures ». Regarder Navarro ou Julie Lescaut le jeudi soir, La Crim’ le vendredi, et Justice de femmes le lundi, parce que la copine veut les voir, et puis mal la baiser après, et dormir tôt parce qu’il faut se lever le lendemain, «Je dois rentrer », mais merde, où est-ce que tout le monde doit rentrer quand il dit qu’il doit rentrer ?, « J’ai cours à neuf heures », et alors ? « T’as pas de la monnaie ? ». « T’as eu ton permis ? ». « Le temps sera nuageux sur la majeure partie de la France… ». « Les nominés sont… ». « Liquidation Totale, 50% sur tout le magasin ». « Ah, toi aussi t’as acheté des Converse ». « Buuuuuuuuuuuuuuut ! ». « La bourse de paris clôture en baisse avec… ».  « Quel temps pourri ! Ils annoncent pareil pour demain »…

Tout ça m’énerve. Quelle bassesse ! Mais comme on vit ici, on n’a pas le choix, on est obligé de se dire que c’est bien que Machin ait eu son permis, d’être content quand Henry marque contre le Brésil, de demander à sa copine si elle a du liquide pour payer le pain parce que la connaissant, la boulangère va faire la gueule si je me ramène avec un billet de cinquante euros, dire qu’on doit rentrer parce que… pour rien d’ailleurs.

Mais ne soyez pas ce que la télé, les médias, les autres vous demandent d’être, soyez vous-même. Ne cherchez pas à plaire.

Balzac disait « On ne peut devenir que ce qu’on est ». Oui. Pas devenir ce que la société nous demande d’être. Si ce qu’on est est différent du monde, alors tant pis. Ou tant mieux.

01:23 Écrit par Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ? dans Sempiternelle et effroyable vérité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |  Facebook |

19.09.2006

Un idéal ? Plutôt crever...

            Ca va être puéril. Naïf. Mais tant pis. J’en n’ai rien à foutre, que ça paraisse naïf. Parce que c’est sincère. Et puis il y a deux sortes de naïveté. La première est celle de ceux qui pensent que tout le monde est gentil, que la vie est super belle, en clair, que nous sommes le centre du monde et que tout va bien ; qui croient en Dieu. Qui croient que rien n’existe à part nous.

            Mais les SDF qui dorment dans les rues, l’hiver, par moins dix degrés, et qui crèvent de froid, qui gèlent, ils existent.

            Les Hommes politiques qui mentent pour faire passer leurs pseudo idées dans le simple but d’être élus pour ramasser quelques paquets de pognon, ou par simple ambition, ou besoin de reconnaissance, ils existent.

            Les gosses qui crèvent de faim, en Afrique ou ailleurs, et qu’on retrouve morts, pas loin des villages vides, morts eux aussi, à pourrir à côté d’une vache ou d’un buffle amaigri, dont la carcasse pourrie au soleil, bouffée par les vautour, ils ont existés, lorsqu’ils étaient vivants.

            Les multimilliardaires, PDG, directeurs de banques, qui écrasent les hommes, qui écrasent le monde, qui écrasent l’humanité, qui tuent, par le simple appât du gain, le désir de billets verts, ils existent.

            Les mecs qui crèvent en agonisant, dans le fin fond de la Chine, au Tibet, ou en Russie, ou en Indonésie, ou en Birmanie, à se faire enlever les ongles, couper des doigts ou des mains, castrer, mutiler, parce qu’ils ont dit qu’ils étaient pas trop d’accord avec le régime politique, ils existent.

            Les petites putes de 8 ans, en Thaïlande, elles existent.

            Les gosses qui cousent les ballons de foot et les casquettes Nike, ils existent.

            Les connards qui tuent les ados en leur refilant de la coke, coupée à la merde, ou de la coke tout court, ou des ecstas, ils existent.

            Les femmes à qui on coupe le clito parce que c’est marqué dans le Coran, elles existent, tout comme les africains qui crèvent du SIDA parce que le Pape a dit que la capote c'était interdit, le Pape qui devient alors un criminel ; est-ce que des gens comme Bush, Benoit XVI, le "président de la Chine", seront un jour jugés pour crimes contre l'humanité ?

            Les gamins et les hommes qui traînent dans les rues, morts, dans les rues de Bagdad ou de Beyrouth, dans toutes les rues de toutes les villes en guerre du monde à travers l’Histoire, la gueule arrachée, le ventre crevé, ils existent.

            Ces soldats qu’on envoi en Irak se faire sauter sur des bombes, ils existent, ou ces kamikazes droguées aux idées extrémistes qu’on envoi se faire exploser dans des tours, ils étaient bien vivants, eux aussi.

            Et ces femmes enceintes qu’on lapide à mort parce qu’elles sont pas mariées, elles existent aussi.

            Ces gamines qu’on viole, ces enfants qui travaillent, ces noirs ou ces arabes qu’on insulte, ces juifs qu’on gaze, ces livres qu’on brûle, ces tueurs qu’on tue, ces journalistes qu’on égorge…*

            Je m’arrête, sinon, j’en fais cent pages. 

            Parce que la région la plus reculée des enfers s’appelle le Tartare, c’est là que nous vivons. Parce toute cette vie est un grand mensonge, parce pendant qu’on nous balance des pubs en se demandant si on va être assez cons pour acheter le dernier Nokia, les tout nouveaux Tampax, la dernière BM ou les yaourts à hélices, le monde crève. De faim, de froid, de peur, d’existence. Bientôt, nous ne serons plus qu’une poubelle. Le monde est le sac. On est en train de le remplir. Et il a jamais été aussi près de déborder, ce putain de sac. Des gens comme les politiques essaient de le fermer, pour que ça sente un peut moins fort, mais ils savent pas faire les nœuds… 

            Alors croire que la vie est belle, c’est égoïste. Et puis il y a la naïveté de ceux qui disent que la guerre c’est pas bien parce que ça tue des enfants ; qui disent que le but c’est le bonheur, mais pourquoi les gens sont pas tous heureux ? mais pourquoi les gens ne s’aiment pas ? Moi, je suis plutôt de cette naïveté-là. La naïveté rebelle. Enfin, j’étais. Parce que j’ai passé l’âge d’être naïf, et encore plus d’être rebelle. Les super héros n’existent pas. Ce qui existe, c’est la mort. Et c’est tout. Mais bon, tu vois, on s'amuse pas à philosopher ou quoi que ce soit, là : on constate. Et le diagnostic ne donne qu'une envie : dégueuler. Ou une autre envie, aussi, peut-être : crever. Si seulement on en avait le courage...

            Et encore, je parle du monde. Je ne parle pas de l’absence de futur au niveau personnel…

            Je sais que c’est pessimiste, mais quand on y réfléchi, on se rend bien compte qu’être optimiste, c’est nier ces choses-là.

            Moi, tant que tout cela existera, je ne serais pas heureux. Ca peut paraître nul, puéril, mais c’est comme ça. Et quand je vois le monde dans lequel nous vivons, je n’ai aucune envie d’être heureux.

            Une fois, une amie m’a demandé si j’avais envie de vivre.

            - Vivre ? Plutôt crever… 

 


* Avertissement : il est bien évident que je ne considère pas les autodafés comme quelque chose d’aussi grave que les viols de gamines ou que la shoah. Si je mets ces éléments côte à côte, ce n’est en aucun cas pour faire un parallèle, ou les associer, ou les comparer, mais simplement pour dire. Il est bien évident que la persécution du peuple juif entre 1939 et 1945 est la plus grande atrocité que le monde ait connu de toute son histoire. (Voir Bonjour Tristesse…, à l’adresse suivante : http://motsrouges.skynetblogs.be dans l’article intitulé « Mémoire… »

01:01 Écrit par Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ? dans Sempiternelle et effroyable vérité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |  Facebook |

16.09.2006

Absence(s)

            Toujours la même série. Sempiternelle et effroyable vérité.

            Mort.

            Mort d’un proche.

            Comment supporter ? Pas le choix. On supporte. On nous l’annonce. Réaction. « Déjà ? ». On s’y attendait. Pas si tôt. Et merde. C’est pas le jour. Mais il y a un jour pour mourir ? Je sais pas. Pour soi-même, oui, sûrement. Pour les autres, non. Jamais. Et puis c’est quoi ces cons qui disent que l’amour est plus fort que la mort ? On beau les aimer, les gens meurent. Des fois, on se dit que ça sert à rien.

            Mais y a toujours… Un de ces sales matins… Où l’on se dit que l’amour… Ca sert à rien.

            Je me souviens de ton visage qui dormait dans ton cercueil, avec tes lèvres pincées. Ta peau blanche, maquillée. Regarder. Entendre des pleurs. Des sanglots. Moi non. C’est pas que je réalisais pas. Au contraire. Je réalisais peut-être trop. Oui. C’était fini. Tu étais morte. Ben c’est tout. C’est comme ça. La mort fait partie de la vie. Et puis dans l’église. Le curé qui disait ses absurdités. Mais écouter quand même, parce que t’y croyais, toi.

            Tout le monde chiale. La cathédrale est pleine. Des fleurs partout. Je regarde ces gens. J’ai accepté. Je suis impassible. Au fond de moi, c’est le déluge. Il pleut à sceau. Il pleuvra toujours. De plus en plus. Parce que je repense à ces moments. Trop rares ; si nombreux soient-ils.

            Et puis la pierre qui se referme. Je suis un des premiers à balancer une fleur sur le cercueil. Et puis j’attends. Triste. Pas un sourire. Pas une larme. Et puis je regarde les mecs en noir qui posent cette putain de plaque de ciment qui va t’enfermer à jamais, qui va te laisser là, pour toujours. Une boite de ciment. Et puis repartir. Seul dans ma bagnole. Fenêtres ouvertes, musique à fond. Et voilà. Je sais pas ce que j’ai bien pu manger ce soir-là. J’ai pas dormi de la nuit. J’ai débarqué chez des amis. Je me suis bourré la gueule. Non. Je sais même plus. Oubli de l’après. L’avant est gravé. Oui, parce que ces morceaux de vie, il faut les figer en nous, les graver dans nos mémoires. Demain peut ne pas exister.

            Triste. Riche de ce que tu as donné, de ta vie. Meurtri. A jamais.

            Rien d’autre à dire là-dessus. C’est mon problème. 

Puisque ta maison, aujourd’hui c’est l’horizon…

 

            Autre chose. Rien à voir.

            Comment faire le deuil de quelqu’un qui n’est pas mort ? De quelqu’un de qui on est éloigné définitivement. On le sait.

            On dirait ce bouquin, là. Un de ceux qui m’ont retourné la gueule : « Les gens sont cons, je te jure ; sous prétexte que tu ris, t’es gai. »

            « Et toi, est-ce que ton corps a changé ? C’est ce que je me demande à chaque fois que je regarde ta photo. Est-ce que tu as pris de la poitrine ? Est-ce que tu as grossi, est-ce que tu as maigri ? Est-ce que tes joues se sont creusées avec l’âge ? Est-ce que ton odeur a changé, le grain de ta peau, la douceur de ta peau ? Est-ce que tu portes encore un bracelet brésilien ? Est-ce que tes doigts sont toujours les mêmes ? Et ta tête, et tes cheveux ? Est-ce que tu les as laissés pousser ? Est-ce que tu te maquilles, maintenant ? Est-ce que tu t’habilles en dame ? Est-ce que tu mets des talons hauts, des talons hauts pour impressionner les hommes, les exciter ? Est-ce que tu vis avec quelqu’un ou est-ce que tu vis seule ? Est-ce que tu as un enfant ? Est-ce que tu es une bonne mère ? Est-ce que tu [le] vois toujours […] ? […] Est-ce que là où tu habites, maintenant, tu penses à moi tous les jours, comme je pense à toi tous les jours, tous les soirs, toutes les nuits, chaque seconde, chaque instant ?Est-ce que l’oubli est nécessaire à la survie ? » (Diastème, 107 ans).

            C’est vrai ces machins.

            C’est fini. J’ai oublié. Plus rien. Guérit. Pas à coup d’anti-dépresseurs. Non. A coup de mots. De livres lus. D’écriture. C’est bien. Et là, j’ai pu lui dire « je suis guérit ». C’est bien, elle m’a répondu. Oui c’est bien.

            Alors moi aussi je me demande parfois ce que tu fais à cet instant précis. Si tu penses à moi parfois. Moi aussi je pense à toi de temps en temps. Et je me dis qu’on a bien merdé. Que j’ai bien merdé. La phrase qui revient tout le temps, dans ma tête, c’est « quel gâchis ! »

            Tant pis. Ca empêche pas de vivre. Ca fait juste un poids en moins. Libéré. Enfin libre. C’est bien.

            Alors vivre à nouveau. Ca veut dire quoi, vivre ? Survivre à cette oppression ? Oui, peut-être. Se survivre à soi-même. C’est pas évident. Réussir sa vie. Je préfèrerai réussir ma mort. C’est moins difficile, et paradoxalement, bien plus héroïque. Il faut attendre d’être mort pour devenir quelqu’un de bien, pour être aimé. Avant, on a plein de défauts. La mort rend parfait.

            Je pense toujours à ces éternels matins pluvieux de septembre. J’en attends toujours un, cette année. Se décident pas. J’aimerai bien en voir un avant de me coucher, un jour. Pour aller boire cette pluie en tournant en rond, et se déchirant, les gouttelettes ruisseler sur mon vêtement noir synthétique. Tu mets Indochine à fond et tu pleures en rêvant.

            Pleurer pour quoi, d’ailleurs ? Parce que c’est beau. Non, ma propre mort. Je vois ma propre mort. Je m’aime un peu quand même. Et parce que c’est moi, mes larmes peuvent pas rester à l’intérieur.

            Quand tu meures, ton sang il va où ? Il devient quoi ?

            Je suis un peu fasciné par la mort. Mais surtout par ma propre mort. Je suis athée. Athée à fond. Mais même. Je peux pas m’empêcher : et si la mort était plus belle que la vie ? Et si ces absurdités auxquelles croient ces quelques milliards d’êtres humains - et c’est leur droit - inventées par l’Homme et pour l’Homme, pour rendre la mort moins douloureuse, étaient vraies ? Si on allait quelque part ? Si on sentait notre corps happé par un truc bizarre ? Si on nous enlevait notre souffrance, et que le rien qui resterait était rempli de bonheur jusqu’à la fin de l’éternité, pour toute notre mort ?

            Je sais pas.

            Mais toi t’es pas morte. T’es juste absente. Partie. Partie sans laisser de trace. Enfin, je sais où te retrouver. Mais partie sans dire au revoir.

            Je m’en suis remis. Très bien même. C’est plus qu’un voile qui me suis encore un peu. Le voile s’en va. Je ne vais bientôt plus traîner qu’un ciel bleu derrière moi. Tu vois, marcher dans un champ tout vert, l’été. Y a des coquelicots. C’est naïf. Ca fait cliché. Je m’en fous.

            Ca doit soulager la mort, non. Sais pas. Jamais été. Trop cher, l’avion. Et puis là-bas, les aéroports son rares. Faut les trouver dans la jungle. De toute façon,  j’ai peur des lions.

            Je me vois bien rêver dans la pluie de septembre, tourner en rond, les bras écartés, regarder en l’air et les guitares qui saturent l’air mouillé, des pétales de fleurs noirs qui tombent sur mon corps, mourant, puis sans vie.

            Et à mon enterrement, t’étais pas là. Ne plus te voir, vivant, je l’ai accepté. J’aurais même peut-être pu être un peu heureux, un jour. Mais ne pas te voir à mon enterrement… Ca m’a prit ma mort. Je suis encore vivant. Dommage. Je connais par cœur ici. Mais je peux encore écrire. Merde. Encore enfermé dans l’écriture que j’aime par-dessus tout.

            Qu’est-ce qu’on dit à la fin ?

            Je sais pas. Je crois qu’on dit le plus simple. Tous.

            On dit… C’est fini.

03:03 Écrit par Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ? dans Sempiternelle et effroyable vérité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note |  Facebook |

10.09.2006

Tous condamnés... à survivre

Bonsoir à toutes et à tous.

Je voudrais expliquer en deux mots le fonctionnement de ce blog.

J’ai écrit plusieurs textes. Des Lendemains de fêtes à l’Autopsychanalyse, en passant par la nuit et l’aube, entre autres. Ces textes forment un tout, un ensemble. Ils sont une première partie. J’y décris quelques morceaux d’impressions, quelques illusions que la magie de la nature est encore capable de nous apporter. Quelques descriptions de moments. Je réécrirai peut-être ce type de texte plus tard. Avec Come-back et vision du monde, j’ai écris le premier texte d’une seconde partie qui sera davantage axée sur mon inévitable pessimisme vis-à-vis de ce monde qui nous entoure, dans lequel on vit. Parfois moins bien écrit que la première partie, il y aura aussi moins de rêve, plus de réalité difficile, des choses dures, des moments d’effroyable vérité. Mais il faut montrer. Il faut savoir. La seule solution pour que les gens sachent dans quel monde ils vivent, et qu’ils en sont plus ou moins acteur eux aussi, à leur manière, c’est de montrer. De montrer toute cette merde, quitte à choquer. Tant pis si on choque. Ou tant mieux. Ça veut dire que l’on prend conscience de la bombe que nous avons fabriquée en ne faisant que vivre…

Je suis également surpris de moi-même. J’ai écris, dans Bonjour Tristesse…, une nouvelle qui se passe de l’insouciance du milieu des people, dans le je-m’en-foutisme de ces soirées mondaines et irréelles (voir http://motsrouges.skynetblog.be), le lendemain, j’ai ajouté le texte plein de pauvreté et de l’inhumanité. C’est deux opposés. Mais en même temps, les deux décrivent la lente et décadente perte de l’être humain, de la vie.

Commençons dès maintenant, donc. 

Je voulais parler de notre génération. J’en parlais cette nuit avec L. (P.A.), et c’est vrai que nous n’avons pas de chance.

Dans l’Histoire, les Hommes ont toujours recherché le bonheur, sous quelque forme que ce soit. Ils ont été des admirateurs d’Epictète bien avant son existence, et même souvent après sans le connaître. Epictète avait pour idée que la vie des Hommes ne devait être faite que de la recherche du bonheur, propre à chacun, sous quelque forme que ce soit. Puisque le dessein des Hommes, est, de toutes les façons, de vivre heureux.

Aujourd’hui, tous ces bonheurs sont épuisés. La télé, Internet, nous donnent tout, tout de suite. On n’a plus rien à chercher. On n’a aucune recherche à faire. On ne demande rien, mais on obtient quand même. On est prisonniers de ce qu’on appelle le progrès. Le progrès qui a inventé la dynamite, la bombe atomique, les mines antipersonnelles, la drogue sous des formes plus fortes qu’avant (même si - par exemple - l’opium existe depuis des millénaires), la prostitution, mais forcée, la faim, les épidémies de sida, les marées noires et l’obligation dans les grandes villes asiatiques de sortir en se masquant la bouche et le nez pour ne pas se tuer rien qu’en respirant. Oui. Même respirer devient dangereux.

Tout pour dire que l’on n’a pas de projets comme les générations d’avant. Ceux qui avaient vingt ans en 1968 ont vu encore un espoir de changer le monde, et de vivre. La désillusion des années 1970 n’a pas eu raison de l’espoir de certains, de nos parents par exemple. Mais nous, qui sommes nés au cours des années 1980, nous n’avons plus rien. Nous n’avons vécus que l’agonie de Mitterrand et le désastre de Chirac au niveau politique, les guerres du Golfe. Nous n’avons pas de chances parce que nous n’avons pas d’avenir, tout simplement.

Je n’ai aucun projet parce le futur n’existe pas, ou alors, il est dans un tel brouillard qu’on ne voit pas à deux mètres. Tout est flou. Faire des études parce que « c’est comme ça ». Je déteste ce « c’est comme ça ». C’est la preuve que nos corps, notre quotidien, nos pauvres habitudes, nos âmes et nos esprits sont enfermés dans une société qui nous méprise et qui nous guide, partout où nous allons, dans la vie publique comme privée, dans l’enfance et l’adolescence, les études et la vie active, de la naissance à la mort. Toute personne qui essayerait d’entrer plus ou moins clandestinement, avec plus ou moins de réussite, dans ce que l’on appelle - peut-être abusivement - l’anti-conformiste, doit souffrir. Et c’est le cas. Nous, qui sommes désabusés, pessimistes, c'est-à-dire clairvoyants, lucides, nous sommes anti-conformistes. Dans ce cas, la souffrance pour le monde est inévitable. Et comme le futur n’existe pas, nous savons nos vie vaines, nos existences ne sont qu’un leurre. Nous souffrons pour le monde et pour nous même. Tout cela n’a plus aucun sens. Maintenant, on n’a qu’un but : ne pas être trop malheureux, et attendre, attendre la mort, avec des choses comme la philosophie, et la psychologie. On s’y intéresse. On en parle pour passer le temps. On discute, on rit, on baise, tout ça pour passer le temps. On a du inventer ces plaisirs, tellement on souffre. Depuis la nuit des temps, la vie est une souffrance perpétuelle. Malheur aux lucides qui ont eu la chance ou le courage de s’en rendre compte.

 

Voilà. C’est pas très joyeux. Je sais bien. Et j’en suis désolé. Mais il y a quand même peut-être des choses à vivre. Je ne sais pas. Peut-être que l’amour existe encore. Nous le savons, nous. Les autres, non.

Je sépare « Nous » et « les autres ».

Les autres sont tous ceux qui ne nous ressemblent pas, qui vivent sans réfléchir. Qui ont la chance de prendre la vie comme elle vient, naïvement.

Nous. J’ai envie de nous appeler « les romantiques » mais non. Ca va pas. C’est faux. Je ne sais pas comment nous appeler. Je me comprends. Et regardez mon univers, l’univers de mes deux blog, vous comprendrez aussi. 

Je m’aperçois que ce blog n’est pas très humain en fait. Je ne réponds pas à vos commentaires dans mes post, je n’écris pas de messages personnels, on n’apprend rien ou pas grand-chose sur moi. J’en suis désolé, mais tout cela est volontaire. Je voulais faire des blog dans cet esprit-là. Quoiqu’il en soit, je ne vous oublie pas, vous lis régulièrement, vous laisse des commentaires quand j’en ai l’occasion et le temps, et vous remercie pour les votres. J’espère que votre rentrée ou reprise a été bonne et que tout s’est bien passé. A très bientôt.

02:48 Écrit par Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ? dans Sempiternelle et effroyable vérité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note |  Facebook |

05.09.2006

Come-back et vision du monde

Vacances.

Je m’emmerdais. Mais elles étaient indispensables. Elles m’ont permis de me couper du monde. Plus d’ordinateur, plus de télé, pratiquement plus de téléphone. Ca m’a quand même fait du bien.

Retour sur ce blog-ci, après le retour d’hier sur Bonjour Tristesse…

 

              Tu vois, une larme qui vient doucement. Clavier. Lettres floues. Vision brouillée. Clavier d’ordinateur ? Clavier de Piano ? Le quatre mains des enfers de Noces Funèbres. Une marre de sang. Tes yeux sont rouges. À qui tu parles ? A toi ? A moi pardon. Pareil.  On s’en fout. Plus rien ne compte. Juste attendre la mort. Crever, et sécher sous le soleil qui laisse agoniser la vie qui nous a porté. Etre bouffé par les vautours.

Je n’ai pas trop envie de parler de moi. Parce que j’ai pas grand-chose à dire. Peut-être que demain ou après demain, j’arriverai à pondre un texte, mais là, rien qui convient.

Je voulais faire une réflexion sur le monde, le noir. Mais je vais encore emmerder tout le monde avec mes idées sombres. A dire qu’on va tous crever, qu’on sait pas ce qu’on sera dans vingt ans, et que, franchement, lorsque je regarde notre état actuel, je ne vois absolument pas comment tout cela pourrait revenir en arrière. On est au bord du précipice, mais avec le vent dans le dos.

C’est pessimiste.

J’aime bien ces images qui peuvent paraître belles, mais, quelques secondes après les avoir lues, vues, nous rappellent que nous sommes nous-même une maladie chronique de laquelle on meurt lentement dans d’atroces souffrances

J’aime bien faire des séries de courts paragraphes, pour réfléchir, et puis expliquer une action dans un pavé.

Je regarde dehors. Je vois la pollution lumineuse que génère Reims, au loin. Et je me dis que les étoiles qu’elle cache sont autant d’espoir de vivre en moins. J’ai l’impression de vivre tout entier et en permanence dans une chanson de Saez. Pas une en particulier. Saez, c’est tout un univers. « Je veux m’en aller… Je veux pas crever… Dans cette inhumanité… »

La télé. La télé est l’arme de destruction massive la plus dangereuse. On aurait pu en faire un objet de survie. Mais c’est en fait, heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, le reflet d’un certain monde. Guerre, morts, guerres, argent, guerre, morts, supermarchés, courses de noëls, inhumanité du gouvernement envers les sans-papiers ou je ne sais quoi, guerres… Tiens, c’est bizarre, les gens ont pas le moral. Ben, non, c’est pas bizarre.   Connards.

Oui, je suis violent. Oui c’est hard. Désolé.

Et encore, tout ça, je ne l’ai pas conjugué au mode sanguinolent.

Passons.

Faut être dingue pour croire en Satan, mais encore plus pour croire en Dieu. Qui sera assez fort pour nous faire croire que ces divinités qui n’existent pas nous aiment et font notre bien ? Tout est en train de crever. C’est bien la preuve que Dieu n’existe pas. On n’a rien fait de mal, nous. Les autres, oui. Mais nous. On balance pas des bombes sur les gosses. On emprisonne pas des mecs au fin font de la Sibérie ou dans les montagnes de Chine. On n’écrase pas le monde entier pour faire monter nos actions en bourses pour faire passer vingt-sept milliards de dollars des Etats-Unis à Taiwan. On n’est mas les maquereaux des putes thaïlandaises de 7 ans, ni les patrons de leurs petits frères de 5 ans qui fabriquent nos autoradios et les casquettes Lacoste de ces rappeurs qui chantent en crachant soi-disant contre l’infernal tourbillon de la société, mais qui cautionnent ça, comme tout le monde, comme nous tous.

Voilà, c’était juste pour dire qu’on vit dans un monde de merde, que, sans rien faire de mal, de volontaire, on est nous-même les acteurs et les responsables de tout cela.

« On est…Tu sais…Seuls à…Saigner…On est…Tu sais…Seuls à…S’aimer »

J’aime bien citer Indochine tout le temps. Indo se conjugue à tous les temps, à tous les modes.

 

On arrive en septembre. J’ai toujours dit que je rêvais de mourir un jour pluvieux de septembre. Un matin gris, avec un crachin, une pluie fine. Quinze degrés. Mourir dans un village. Ma mort ne mérite pas l’anonymat d’une ville. Je vaux mieux que ça.

Mais j’ai encore la faiblesse de croire qu’une partie de futur proche peut être moins mauvaise que ce que nous vivons en ce moment. Ce ne sera pas pour ce septembre-là. 

Je suis désolé, cette image est dure, mais c’est la réalité. Et puis, on est en train de bouffer ce monde jusqu’à la dernière miette. Je me répète, ça semble peut-être puéril. Je m’en fous.

 

Je voulais mettre un texte de Ferré que j’aime beaucoup. Ferré est un poète extraordinaire. Anarchiste. Il avait une vision du monde à laquelle j’adhère assez, d’une certaine manière. Ferré a été le traducteur de la poésie de la fin du XIXème siècle et de la première moitié du XXème. Il est décédé le 14 juillet 1993…  

 

Pour la flamme que tu allumes
Au creux d'un lit pauvre ou rupin
Pour le plaisir qui s'y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour les pétales anonymes
Comme la rose du matin

Thank you Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
A l'Abbaye du monte en l'air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers

Thank you Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce coeur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien

Thank you Satan

Pour le prêtre qui s'exaspère
A retrouver le doux agneau
Pour le pinard élémentaire
Qu'il prend pour du Château Margaux
Pour l'anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris

Thank you Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix, ni rien, sauf pour la frime,
Un chien, croquemort du hasard,
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l'ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans

Thank you Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l'ennui qui va paraître
Au coin des lits où tu n'es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à ne paraître
Jamais à la télévision

Thank you Satan

Pour tout cela et plus encore
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu'on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont pas faites pour les chiens...

Thank you Satan !

Monsieur Ferré. En ce jour d’été, la France, le monde a perdu l’un des plus grands poètes de tous les temps. Un de ceux qui font vibrer les mots qu’ils aiment et qu’ils ressentent au plus profond de leur âme. Léo ferré avait le pouvoir magique d’assembler ces mots comme un puzzle, pour nous les faire aimer, nous pénétrer avec des idées et la force des vers. Ferré aimait les mots comme personne. Et avoir cette force-là est la plus belle des qualités.

Ferré mort, il y aura toujours un manque en nous, mais une immense richesse grâce à son œuvre. Merci.

00:29 Écrit par Nuits et insomnies... Nuits, ou insomnies ? dans Sempiternelle et effroyable vérité | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note |  Facebook |